Coups de marteau, vrombissement de motos, des échanges avec les clients. C’est le décor qui nous accueille ce vendredi matin dans un garage de motos à Doba, une localité située à l’ouest de la Côte d‘Ivoire dans le département de San-Pedro.
Ici est installé Kaboré Ibrahim, affectueusement appelé “IB” par ses proches. N’ayant pas eu la chance d’aller à l’école, IB accompagnait chaque jour son père dans les travaux champêtres et jouait parfois le rôle de bouvier. Des travaux très difficiles pour l’enfant qu’il était autrefois.
C’est en 2018, dans le cadre d’un projet d’apprentissage de métier implémenté par ICI et ses partenaires, qu’Ibrahim Koboré a été mis en apprentissage auprès d’un maître artisan à Méagui.
« Chacun a un métier qu’il aime. Moi j’aimais la mécanique moto. J’ai donc été heureux qu’on m’ait trouvé une opportunité de formation. » nous confia IB.
C’est à l’âge de 17 ans qu’il débuta cette formation d’une durée préalable de 9 mois. « Cet enfant était exemplaire et aimait le travail. Sur la période de stage indiquée, mon apprenti savait déjà changer les embrayages, les roulements et les transmissions. Mais 9 mois ne suffisaient pas pour une formation complète et pratique. » témoigna Koné Brahima, maître artisan de IB et propriétaire d’un garage de motos à Méagui.
Selon lui plusieurs qualités sont nécessaires pour encadrer un apprenant dans ce domaine. Il s’agit entre autres de la volonté de l’apprenant, du respect du formateur, beaucoup d’humilité et de patience. Ces qualités, IB les avait. « Ce jeune garçon courageux et respectueux, avait une grande ouverture d’esprit et était disponible au point que je lui ai confié les clés de mon atelier. Il ouvrait donc les portes à 6h et les fermait à 19h30 tous les jours » ajouta Koné Brahima avec beaucoup de fierté.
Avec l’accord de Ibrahim et de son père, la formation s’est prolongée sur 7 années. Au bout de ce cursus, l’heure était venue pour l’apprenant de se prendre totalement en charge, de s’installer à son propre compte et de voler de ses propres ailes. C’est donc le 7 août 2025, que ce dernier a pris son indépendance d’avec son maître et formateur et s’est installé à Doba, toujours avec l’aide de son maître. « Nous pouvons estimer cette installation à un peu plus de 1 200 000 FCFA quand on prend en compte l’achat de quelques matériels et de la caution du magasin qui lui sert d’atelier de travail » nous révéla Koné Brahima.
Ce parcours fait sans nul doute la fierté de Kaboré Tanga Abdou, le père de IB qui l’a toujours soutenu depuis la période d’apprentissage. « Un client m’a raconté la gentillesse de mon fils et surtout son professionnalisme dans le dépannage de sa moto. J’ai été très heureux de l’entendre. Mon fils a ce qu’il lui faut pour évoluer et devenir autonome. » déclara son père venu ce matin s’enquérir de quelques nouvelles de son fils sur son lieu de travail et l’y encourager.
Comme lui, de fidèles clients sont venus du quartier et des villages environnants, pour solliciter les services de leur mécanicien IB. « Je connais IB depuis seulement deux mois. Il fait du bon travail » affirma Mohamed Ilboudo, producteur de cacao.
A 25 ans aujourd’hui, et installé depuis 8 mois, Ibrahim est assisté d’un apprenti âgé de 18 ans. Spécialisé en mécanique moto deux ou trois roues, avec comme services, les travaux en électricité moteur, la réparation de moteur et le changement de roulement, IB désire dans les deux prochaines années, associer à la mécanique, la vente de pièces détachées afin d’assoir sa notoriété et gagner plus d’argent.
Si pour l’heure son chiffre d’affaires mensuel s’élève en moyenne à 40 000 FCFA, avec la diversification, il ambitionne atteindre au moins 200 000 FCFA tous les mois.
« Je veux aussi transmettre à plusieurs jeunes de ma génération, la connaissance acquise pour leur propre prise en charge » a-t-il ajouté sur un ton sérieux et très affirmé.
Ibrahim Kaboré a bénéficié de cette opportunité d’apprentissage grâce au projet Eliminer le Travail des Enfants dans la Cacaoculture (Eliminating Child Labor In Cocoa – ECLIC) financé par le Département du Travail des Etats-Unis et mis en œuvre par la Fondation International Cocoa Initiative entre 2015 et 2019.